La reforestation semble être un sujet dont les gouvernements se préoccupent de plus en plus. En France, il a annoncé, le 3 septembre 2020, vouloir débloquer une enveloppe de près de 200 millions d’euros pour atteindre l’objectif de planter 45 000 hectares de forêts. L’enjeu est d’aider à renouveler les peuplements qui ont dépéri ces dernières années à cause des sécheresses, des canicules ou des maladies.

L’Australie veut planter un milliard d’arbres d’ici 2050, le Pakistan veut en planter 10 fois plus, tandis que l’Inde en a déjà planté 66 millions en 12 heures.

Depuis quelques années, on parle de plus en plus du rôle que jouent les arbres pour répondre aux enjeux environnementaux actuels et à venir. On le sait, les actions bénéfiques que peut avoir une forêt sont (très) nombreuses. Néanmoins, on semble principalement les voir comme de simples “puits carbone”.

Tandis que certains achètent des forêts pour préserver la biodiversité, d’autres misent tout sur la reforestation. Nombreuses sont les entreprises qui plantent des arbres comme engagement écologique ou compensatoire.

Pourtant, la reforestation est-elle aussi efficace qu’on le pense ? Quelle est l’importance du reboisement ?

Nous allons voir ensemble les limites d’une telle conception de la forêt comme étant l’outil écologique par excellence. Mais surtout, nous verrons comment reforester de manière pertinente et bienfaisante.

Reforestation et sous-bois

Reforestation ou reboisement : définitions

Saviez-vous que reforestation et reboisement ne signifiaient pas exactement la même chose ? Reforestation, reboisement et ré-ensauvagement ne sont pas des synonymes, des nuances existent.

La reforestation

Aujourd’hui, on parle autant de reforestation que de reboisement. Pourtant le 1er convoque plutôt l’idée d’une restauration. On plante des arbres sur un endroit où il en existait auparavant, pour compenser ceux qui ont disparu.

Derrière ce mot se niche donc l’idée d’une replantation d’arbres qui étaient présents avant et qui ont disparu, pour répondre à des enjeux écologiques. C’est dans cette perspective que naissent d’ailleurs les forêts urbaines.

Avec ce mot on entrevoit un objectif ambitieux. On souhaite replanter sur une grande surface, pour recréer une forêt. Si vous souhaitez en apprendre plus sur la définition d’une forêt, nous avons écrit un article pour répondre à vos questions.

Il y a donc l’idée d’une régénération naturelle qui peut être spontanée ou assistée. La pousse naturelle de nouveaux arbres se fait par dissémination des graines et propagules, via différents canaux :

  • le vent
  • l’eau
  • les animaux (oiseaux, sanglier, écureuil)

L’être humain, lui, va accélérer ce processus en plantant directement des plants de feuillus ou de résineux qui ont poussé au préalable dans des pépinières.

La reforestation se fait donc de manière de plus en plus assistée pour accélérer les effets bénéfiques sur l’environnement. C’est pour cela qu’on parle plutôt de reboisement quand c’est une plantation qui a entièrement été faite par l’être humain.

Le reboisement

La définition la plus simple que l’on peut donner du reboisement est la suivante : c’est une plantation d’arbres faite par l’être humain dans le but de repeupler une surface qu’il a lui-même déboisée.

La plantation d’arbres se fait sur des zones qui ont été entièrement détruites, souvent à cause d’une surexploitation, de feux de forêts ou de coupes rases.

Contrairement à la reforestation, le reboisement sous-entend moins qu’il y a une restauration de l’écosystème forestier qui existait auparavant.

Il peut être vu comme un outil pour adapter les forêts aux changements climatiques. Ainsi, on reconstitue en substituant des essences déjà présentes par d’autres, plus résistantes au climat attendu ou aux ravageurs biologiques.

Le ré-ensauvagement

Un autre terme que l’on utilise moins, mais qui s’inscrit aussi dans ce champ lexical forestier, c’est le ré-ensauvagement, ou “rewilding” en anglais. Il s’agit de rendre des terres à la nature, en le faisant de manière active ou passive.

Pour se faire on peut re-créer ce qui était sur la parcelle avant destruction, avec la même diversité des essences. Ou bien, on peut laisser la nature y reprendre ses droits, seule. Ces forêts nées de ce ré-ensauvagement ne sont pas exploitées, et la main humaine n’y touche plus.

On cherche à retrouver une forêt primaire. Pour ce faire, il faut la laisser à l’état sauvage durant 10 siècles. C’est (très) long.

L’afforestation

La définition de l’afforestation est simple. Il s’agit de repeupler des espaces vierges d’arbres depuis longtemps. À l’échelle du temps humain, ces terres n’ont jamais été boisées. L’afforestation est différente du reboisement, qui lui consiste à planter sur une surface anciennement forestière.

La plantation

On parle de plantation d’arbres lorsque le but premier est la culture. C’est la finalité économique qui prend le dessus et pousse les exploitants à planter des monocultures intensives, qui sont destinées, souvent, à l’exportation.

Reforestation ecosysteme forestier

Pourquoi replanter des arbres ?

On entend très souvent qu’il est urgent de replanter des arbres pour répondre aux défis environnementaux d’aujourd’hui, et ceux à venir. Souvent, on a l’impression que l’on considère les forêts comme étant uniquement des “puits carbone”. Pourtant, de nombreux autres avantages découlent de ces espaces boisés.

Les bénéfices naturels de la reforestation

Si la plantation d’arbres est aussi urgente, c’est que la forêt est nécessaire pour répondre à plusieurs enjeux écologiques. Elle permet de :

  • stabiliser les sols érodés par des activités minières ou par la déforestation
  • restaurer la diversité des forêts mixtes détruites à cause des incendies
  • stabiliser des sols pollués par des friches industrielles, des sols en pente qui sont proches des carrières
  • créer une réserve naturelle pour préserver la biodiversité et l’écosystème du lieu
  • capturer le CO2 et limiter ses effets dans l’atmosphère : ce sont des puits de carbone, si l’on respecte leur cycle naturel de vie
  • protéger les villes qui sont proches de zones à risque d’éboulement ou de glissement de terrain

Les bénéfices économiques

En plus d’avoir de nombreux bénéfices pour notre environnement, la reforestation a des impacts positifs sur différents domaines. En effet, de nombreux secteurs tels que l’alimentation, l’énergie, l’ameublement, ou encore l’électronique dépendent des ressources renouvelables issues des forêts.

On recense plusieurs bénéfices économiques directs qui concernent :

  • la restauration des stocks de bois pour une sylviculture respectueuse
  • la protection des zones cultivées par l’agriculture. L’agroforesterie filtre l’eau en profondeur. Cela protège les sols et la biodiversité, et enrichit les sols cultivés ce qui permet de meilleures cultures.
  • la création d’emplois pour s’occuper de la replantation et la croissance des arbres. Le secteur forêt-bois en France concerne environ 425 000 emplois.

Les limites à la reforestation

Une fois qu’on a compris tous les avantages – environnementaux, sociaux et économiques -, on comprend mieux pourquoi la reforestation est vue comme un outil bienfaiteur et écologique. Pourtant, plusieurs points nous font émettre des réserves quant à l’efficacité de la reforestation telle qu’elle est pensée, majoritairement, aujourd’hui.

reforestation et vegetation forestiere dense

Halte à la reforestation par les monocultures

Planter une seule essence d’arbre se fait souvent dans le cas d’une production de bois. Un tel système ne permet pas de stocker efficacement du CO2 puisque les arbres sont coupés régulièrement.

Comme l’explique dans un entretien Frédéric Amiel, chercheur à l’Institut du développement durable et des relations internationales, une coupe trop fréquente aurait même l’effet inverse. Lorsqu’ils poussent, les arbres stockent du carbone qu’ils ont puisé dans le sol. À leur coupe, ils rejetteraient ce CO2 qu’ils avaient capturé.

Un espace forestier monospécifique ne peut se targuer d’être une solution pour le climat. En effet, cela ne permet ni de restaurer les écosystèmes détruits par la déforestation, et encore moins de servir d’abri à la biodiversité locale.

En revanche, certains avancent l’argument que ces plantations en monocultures protègent les forêts naturelles. Le bois est prélevé dans ces espaces dédiés, ce qui permet de répondre aux besoins croissants de cette matière première.

Le greenwashing des entreprises et des pays

Puisqu’ils plantent des arbres, certaines entreprises et pays semblent se dédouaner de continuer à polluer. La reforestation devient une simple mesure compensatoire pour se donner bonne conscience. Pourtant, si les émissions de CO2 continuent d’augmenter, ces reboisements n’auront aucun effet. L’enjeu premier est d’émettre moins de carbone plutôt que de chercher à en capturer toujours plus.

Quelles sont les vraies intentions des pays qui décident de mettre un budget faramineux pour planter des arbres, si derrière aucune action n’est prise pour réellement réduire les émissions carbone ?

Bien évidemment, il est nécessaire de reforester en France pour répondre aux enjeux climatiques actuels. Mais il s’agit de le faire d’une manière réfléchie, en accord avec des changements qui prônent la réduction des émissions.

Un stockage limité de CO2

Il faut arrêter de considérer les forêts comme étant seulement un outil écologique qui va résoudre les défis du changement climatique, uniquement grâce à leur rôle de “puits carbone”.

Pour qu’un arbre stocke du carbone efficacement, il convient de respecter son cycle naturel de vie. Il faut environ 30 ans pour qu’un arbre atteigne son plein potentiel de stockage. De plus, le degré d’absorption dépend de son essence, du climat et du niveau de gaz dans l’atmosphère.

Ce stockage de CO2 grâce à la reforestation n’est donc pas immédiat. Surtout, il ne faut pas oublier que les arbres ne peuvent pas stocker tout le CO2, mais seulement une partie.

Planter des arbres, oui ! Mais de manière réfléchie.

Peut-être qu’il est temps de régénérer les forêts existantes, plutôt que de reboiser partout sans s’en soucier. Mais surtout, il faut le partage d’une vision commune et un rapprochement entre les différents acteurs pour obtenir une reforestation pertinente et qui ait un réel impact environnemental.

Les aléas climatiques et les bouleversements à venir sont les conséquences du réchauffement climatique, on le sait. C’est pour cette raison que la plantation d’arbres doit se faire de manière réfléchie. Il convient de penser à la résistance des peuplements en introduisant des essences qui seront adaptées aux besoins et aux terrains de demain.

Bien évidemment, il est nécessaire et urgent de planter des arbres pour répondre aux enjeux de demain, mais il faut avoir une politique sur le long terme. Il va sans dire qu’une reforestation efficace est celle à qui on permet de prendre de l’espace, de grandir sans être touchée ou coupée.

Pour absorber 205 gigatonnes de CO2 et faire diminuer de 25 % ce taux dans l’atmosphère durant ces 50 à 100 prochaines années, il faudrait planter 100 milliards d’arbres.

Pour ce faire, il faut planter les bonnes essences, au bon endroit. C’est un objectif réalisable, notamment grâce à la méthode de Miyawaki. En 2015, le biologiste Thomas Crowther a chiffré pour la 1ère fois le nombre d’arbre sur la planète. Il y en avait 3 000 milliards, soit environ 422 arbres par personne.

Les espaces utiles à cet objectif pourraient donc être des terres abandonnées, dégradées ou encore des terres agricoles dont les arbres constituent des haies.

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